Les producteurs du Hainaut
L’agroalimentaire en Hainaut

 

Autrefois généralisés, puis progressivement abandonnés au profit d’une organisation de plus en plus spécialisée de la production et de la distribution, les circuits courts alimentaires connaissent un regain de popularité depuis quelques années.

A contre-courant de l’agriculture productiviste et de la grande distribution, ces modes d’organisation alternatifs reviennent en force, notamment en Hainaut. Marginaux dans les années 80, ils semblent aujourd’hui davantage confirmer une tendance de fond, marquée par de nombreux enjeux économiques, sociaux et environnementaux mais également par une forte attente des consommateurs.


 

Circuits courts en agroalimentaire. Longue vie aux circuits courts!

Bons pour l’environnement? Pour la santé? Pour les producteurs? Pour les consommateurs? Bio pas bio? Comment les vendre? Hall relais? Particuliers? Collectivités? Emplois? Freins? Mais surtout un foisonnement d’initiatives en Hainaut! Alors, prenons les raccourcis champêtres…

Qu’entend-on par circuit court? Il s’agit d’un circuit où il existe au maximum un seul intermédiaire entre le producteur et le consommateur. Une définition plus liée au développement durable et à l’environnement ajoutera que ces produits proviennent du territoire… wallon en l’occurrence. En effet, un circuit court nécessitant des centaines de kilomètres de transport serait-il encore pertinent dans le cadre d’un développement durable et responsable? Poser la question, c’est y répondre…

Consommateur de proximité

En 2010, une étude du CRIOC (Centre de Recherche et d’Information des Organisations de Consommateurs) établissait que, parmi les modes de circuits courts les plus appréciés, figuraient les marchés, les magasins de proximité et la vente à la ferme. Mais, d’autres modes se développent également. Exemples: les groupes d’achats communs (regroupement de citoyens pour acheter ensemble des produits de consommation courante auprès des producteurs) ou les paniers collectifs (vente de paniers préparés à l’avance en provenance de plusieurs producteurs en un lieu qui arrange le consommateur, entreprise, gares, etc.); le marché à la ferme (portes ouvertes); les points relais de livraison où c’est le producteur qui se déplace vers le consommateur avec une commande prise à l’avance; sans oublier les points de ventes collectifs (des producteurs s’associent pour proposer une boutique commune où ils tiennent une permanence), ainsi que les marchés fermiers, la vente en tournée, les foires, le dépôt-vente (les paniers de produits sont disponibles dans un lieu de dépôt) et Internet… La distance à parcourir par le consommateur restant l’un des freins important au développement des circuits courts. Selon l’étude, 7 ou 8 km est la distance maximum jugée acceptable et ce à destination d’un point de vente collectif. Enfin et pour terminer le listing des circuits courts, n’oublions pas les collectivités privées ou publiques qui s’approvisionnent directement chez le producteur.

Producteurs gagnants

Confrontés aux quotas, aux crises alimentaires et à une forte pression à la baisse sur les prix, les agriculteurs trouvent une vraie bouffée d’oxygène dans le développement des circuits courts, comme le souligne Romano CAVALIERE, Chargé de mission auprès de la Cellule agroalimentaire chez HAINAUT DÉVELOPPEMENT: « L’intérêt des circuits courts est de rendre les agriculteurs moins dépendants des marchés. Ils maîtrisent mieux les prix et ainsi ils maîtrisent mieux leurs productions. De plus, via le contact direct avec les consommateurs, les agriculteurs reprennent une place sociale qu’ils avaient un peu perdue. Depuis 5 ans, via la Cellule Qualité Produits fermiers, nous avons encadré un millier d’agriculteurs qui souhaitent ainsi se diversifier dans la production de produits de bouche ». A l’APAQ-W, Agence wallonne pour la Promotion d’une agriculture de qualité, on soutient aussi concrètement les circuits courts, comme l’explique son Directeur, Marc GIELEN: « Les circuits courts réduisent les intermédiaires ainsi que les phases de conditionnement et de commercialisation. Il y a deux ans nous avons initié « C’est produit près de chez vous », un catalogue reprenant les producteurs de proximité. En Hainaut notamment, ce catalogue a été largement diffusé dans les boîtes aux lettres ».

Réponse au quota

La ferme laitière du Bailli à Soignies a été confrontée aux quotas en 1984. Depuis, elle s’est diversifiée, comme l’explique Lucie DEVROEDE, Exploitante: « A l’origine, notre but était de conserver à notre mère un emploi dans l’exploitation. Nous avons donc diversifié, via la production de fromages à pâte mi-dure (le Bailli) puis des fromages frais avec des aromates différents (orties, paprika, ail, etc.). Nous vendons également yaourt et beurre. Environ 170 000 litres de lait par an sont transformés chaque année (10 l de lait = 1 kg de fromage), ce qui correspond à 20 % de la production laitière. Ce sont 5 unités de main d’œuvre familiale qui travaillent sur l’exploitation dont 2 pour la fromagerie ».

Agriculture raisonnée ou bio?

Les deux mon général! En effet, les deux s’inscrivent pleinement dans le concept de circuit court. Même si pour Hélène DEKETELAERE de Nature & Progrès, le bio y est plus adapté: « Les fermes bio sont généralement à dimension humaine et ont des productions diversifiées, ce qui facilite leur intégration dans les circuits courts, notamment via la vente directe à la ferme. Difficile pour un maraîcher qui ne produit que des choux ou que des salades de se limiter aux circuits courts… ».

Bio tonique

Bernard BROUCKAERT à la Ferme Moranfayt à Petit-Dour (80 ha, 140 bêtes) se définit comme un paysan et non un exploitant: « En 1975, mes parents étaient déjà bio, je le suis resté! Mon but est de vivre en respectant la terre pour qu’elle retourne à mes enfants. Je veux vivre pas m’enrichir ». La ferme possède un magasin ouvert 2 heures par jour et produit diverses variétés fromagères à pâte mi-dure. Via 3 distributeurs, la ferme vend lait cru, beurre, fromages et pommes de terre (3 variétés). Un maraîcher bio qui s’y est installé vend ses produits au « pied du champ »! Bernard BROUCKAERT: « Il y a une forte demande de légumes bio, cela se développe fort. Quant à ma production de blé bio, elle part chez un boulanger bio qui produit un pain que nous vendons dans notre magasin ». Quand on vous parlait de circuit court…

Manger mieux

Comme le souligne Michel DEMARTEAU, Directeur à l’Observatoire de la Santé du Hainaut: « Lutter contre l’obésité, le diabète, l’hypertension, est une urgence en Hainaut, particulièrement dans les catégories défavorisées. Cela implique que l’on améliore la façon de se nourrir. Mais, il est inutile de le répéter sur tous les tons sans permette aux populations de disposer de produits de qualité à bon marché et qui respectent l’environnement. C’est ainsi que nous avons lancé, en collaboration notamment avec HAINAUT DEVELOPPEMENT et l’IDEA une opération « Manger mieux au cœur du Hainaut », qui vise entre autres à promouvoir les circuits courts via des initiatives relayées dans 25 communes du territoire de l’IDEA, ainsi que les CPAS et les collectivités ».

La main au panier

Christophe DE NEVE, Ecoconseiller à la ville de Mouscron a mis en place, avec d’autres associations, des paniers fermiers provenant d’une zone de 15 km autour de la ville: « Cette initiative favorise la consommation locale et évite le suremballage puisque les paniers en plastique sont réutilisables. La marchandise est stockée dans de bonnes conditions à la Régie de Quartier. Le prix est plafonné à 15 €; 60 familles sont inscrites et par mois, une trentaine de paniers sont vendus ». Guy NYS est fermier à Mouscron et participe à l’initiative: « On essaie de satisfaire tout le monde en fonction de notre production. Nous faisons déjà de la vente à la ferme. Ce système nous assure un roulement supplémentaire ».

Halls relais

Regrouper les acteurs du circuit court tout en les rapprochant des consommateurs est une des démarches mises en place par la Wallonie via un appel à projets pour créer des halls relais agricoles. Ceux-ci sont définis comme étant des immeubles destinés à accueillir des activités de transformation ou de commercialisation de produits agricoles. Parmi les 9 projets retenus à l’origine (4 millions d’euros prévus), 3 concernent le Hainaut. Le premier projet, effectif depuis le mois d’octobre est porté par la Cellule Solidarité Emploi asbl du Groupe d’Action Locale (GAL) qui regroupe Seneffe, Pont-à-Celles et Les Bons Villers. Ce projet a une triple fonction, comme le souligne Daniel VANDERZEYPEN, Président de l’asbl: « Tout d’abord, ce lieu, doté de 2 chambres froides, permet la vente directe. Nous avons identifié 27 producteurs susceptibles d’en profiter sur notre zone. Ensuite, via des Ateliers culinaires, nous souhaitons, grâce à nos chefs de cuisine, créer des recettes originales à partir de ces produits. Et pourquoi pas via les 450 repas journaliers à destination des écoles concoctés par notre Cellule Emploi, les proposer aux collectivités. Enfin, nous mettons aussi en place une vente directe via Internet ».

Faciliter le développement

Le deuxième projet porté par l’Intercommunale IGRETEC, la coopérative Coferm, la Fondation Chimay-Wartoise de l’abbaye de Scourmont et la ville de Chimay sera établi sur le parc d’activités économiques de Baileux. Brigitte GOSSIAUX, Conseiller en développement immobilier (IGRETEC): « Conditionnement, vente de produits locaux, transformation de produits laitiers, préparation de plats cuisinés à destination des collectivités, etc. sont quelques exemples d’activités qui pourront se développer au sein de ce hall relais d’environ 1.000 m². Nous sommes ouverts à toutes les propositions des producteurs locaux et nous allons prochainement lancer un appel à projets pour susciter l’intérêt des agriculteurs ». Dernier projet sur le Hainaut: un atelier de découpe de volailles adossé à la Ferme Frison à Gibecq, comme le confirme Jean FRISON, par ailleurs fondateur de la coopérative Coprosain (45 coopérateurs fermiers et 3 magasins): « Cet atelier de découpe sera ouvert aux coopérateurs de Coprosain mais aussi à d’autres producteurs de volailles de la région susceptible d’être intéressés. Cependant, nous attendons des précisions sur les moyens financiers mis en œuvre avant d’entreprendre les travaux ».

Et si la grande distribution…

A première vue, circuit court et grande distribution ne font pas bon ménage. Pourtant, certains franchisés des grandes enseignes ont franchi le pas, comme l’exprime Fabrice FOURNIER, Directeur du Carrefour GB de Quiévrain: « Issu d’une famille de commerçants, j’ai une sensibilité particulière à cette problématique. Mais, je sens également une volonté de retour aux sources des consommateurs. Je fais donc appel aux producteurs locaux: beurre, fromage, bière, chocolat notamment. Je suis ouvert à d’autres possibilités et je serais même intéressé par la présence d’un maraîcher de la région offrant des légumes frais du jour ».

Produits de beauté en circuit court

Une ferme ne produit pas que du beurre ou du fromage, comme le prouve l’Asinerie du Pays des Collines à Frasnes-lez-Buissenal (CA: 1 000 000 €). Ici, ce sont des produits de beauté recherchés jusqu’en Corée, comme nous l’explique Olivier DENYS, Gérant: « Nous avons environ 150 ânes. Avec le lait de nos ânesses et via un laboratoire, nous produisons des savons, des soins pour la peau, du gel douche, des laits corporels… Des produits appréciés jusqu’en Corée. Même si plus de 100 boutiques nous distribuent en France, une large part de nos ventes se passe en direct à la ferme et via internet. On vient à l’Asinerie chercher son produit de beauté comme si on venait chercher son beurre à la ferme. La vente en circuit court nous permet de tout maîtriser. Nous allons bientôt encore élargir notre gamme avec un shampoing ». Pas bête, le lait d’ânesse connu depuis la nuit des temps…

Voir loin avec les circuits courts

Il existe une attente réelle des consommateurs qui veulent mettre un visage sur le produit qu’ils choisissent. Certains s’associent en GAC (Groupe d’Achats communs) ou plus militants encore, en GASAP (Groupe d’Achat solidaire de l’Agriculture paysanne) pour acheter en circuits courts. Les collectivités progressent dans leur volonté de favoriser le local. Les producteurs élargissent leur gamme et se regroupent. Ils ouvrent leurs magasins à d’autres producteurs et les halls relais apparaissent. De petits magasins de proximité se créent et s’approvisionnent directement auprès des producteurs locaux. De bouffée d’oxygène face aux difficultés du monde agricole, les circuits courts deviennent une réalité pourvoyeuse d’emplois et une véritable aspiration commune. Le tout dans une vision de développement durable…

 


 

Source: B2HAINAUT n°15 – Octobre 2011 – Les circuits courts alimentaires.

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